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Le carnet

Données et méthode · · 4 min de lecture

La moitié de votre trésorerie n'est pas dans votre comptabilité

Baux, engagements, retenues, hypothèses de la direction : ce qui détermine les six prochains mois ne figure dans aucun grand livre.

Une comptabilité enregistre ce qui s’est produit. C’est sa fonction, et elle la remplit bien. Mais votre trésorerie des six prochains mois dépend surtout de choses qui ne se sont pas encore produites, et dont aucune n’apparaît au grand livre.

C’est la limite structurelle de tout outil branché uniquement sur le système comptable, aussi bon soit-il.

L’inventaire de ce qui manque

Voici ce que nous collectons hors QuickBooks chez nos clients, et qui pèse lourd dans une projection :

Les engagements contractuels. Baux commerciaux et d’équipement, contrats de service, ententes de sous-traitance signées. Un bail est une sortie de trésorerie certaine sur soixante mois ; en comptabilité, seul le loyer du mois écoulé existe.

Le calendrier de la dette. Le solde d’un emprunt figure au bilan. Le détail capital et intérêts mois par mois, les paiements ballon, les clauses de remboursement anticipé, non. Or c’est le calendrier qui compte pour la trésorerie, pas le solde.

Les retenues contractuelles. En construction, 10 % du contrat retenus jusqu’à la libération. Le montant est dans les comptes clients ; la date à laquelle il sera libéré n’est nulle part, parce qu’elle dépend de la réception des travaux.

Les investissements prévus. Le camion qu’on remplacera au printemps, l’équipement qu’on commandera si le contrat se signe. Rien n’est encore comptabilisé, tout est déjà décidé.

Les hypothèses de la direction. Deux embauches en janvier, une hausse tarifaire en mars, un client qu’on ne compte pas garder. C’est ce que le dirigeant a en tête et qu’aucun système ne connaît.

Pourquoi une plateforme en libre service ne peut pas les avoir

Ce n’est pas un défaut de conception, c’est le modèle d’affaires.

Un logiciel qui se vend par abonnement sans intervention humaine doit se brancher, extraire et afficher. Le jour où il faut téléphoner au client pour lui demander quand la retenue du chantier Beaubien sera libérée, la marge disparaît.

Le résultat est prévisible : ces plateformes projettent l’avenir en prolongeant le passé. La méthode fonctionne pour une entreprise très régulière. Elle échoue précisément là où la projection compte le plus, dans les activités cycliques et par projets.

Comment on collecte, en pratique

Pas par un formulaire de trente champs. Par une conversation au démarrage, puis par un point court chaque mois.

La collecte initiale prend une à deux heures et suit une liste. La mise à jour mensuelle prend dix minutes, parce que la plupart des engagements ne changent pas : on vérifie ce qui a bougé, on ajoute ce qui est nouveau.

Ce qui demande de la rigueur n’est pas la collecte, c’est le versionnage. Une hypothèse formulée en janvier et modifiée en mars doit laisser une trace, sinon vous ne saurez jamais si l’écart entre projeté et réel vient des affaires ou d’un changement d’hypothèse que personne n’a noté.

Le test qui révèle si votre outil regarde devant

Posez cette question à n’importe quel tableau de bord financier :

« Quel est l’effet, sur ma trésorerie de mars, du bail que j’ai signé la semaine dernière ? »

Un outil branché sur la seule comptabilité répondra dans quatre mois, quand le premier loyer sera passé. Il aura raison, et il sera arrivé trop tard.